menu

fermer

Le plus grand musée de france

Léon Viardot, le Christ et la samaritaine , 2017 - ©Atelier Renascentis

Sous le chanci, la délicatesse de la peinture de Viardot

Le tableau du Christ et la samaritaine, œuvre du XIXe siècle du peintre Léon Viardot a bénéficié de la campagne 2015-16 du Plus Grand Musée de France. Sa restauration se termine actuellement et le frère Pascal Pradié, restaurateur de peinture (Atelier Renascentis / Saint-Wandrille), nous raconte cette restauration.
 
 
 

Quoique d’un aspect très jauni, avec d’importantes parties blanchies par le chanci, la restauration de ce tableau ne comportait pas de difficultés particulières, outre de nombreux petits soulèvements de la couche picturale, fragilisée en plusieurs endroits. Mais comme souvent, la restauration a révélé de nombreux indices de l’histoire de cette œuvre.
 
 

Le dégagement du vernis a laissé apparaître les couleurs particulièrement délicates utilisées par Viardot qui aimait à utiliser les glacis. Sont aussi apparus certains aménagements étonnants. Le tableau a probablement été coupé dans sa partie basse, peut-être en raison d’un dégât des eaux qui aurait entraîné le pourrissement de la partie inférieure de la toile. On a alors coupé le tableau pour n’en conserver que la partie en bon état. Une pièce de toile comportant la signature du peintre a cependant été conservée, que le restaurateur a retrouvé coincée entre la toile et le cadre. Le fond de décor de cette petite pièce, très différent du bas de l’œuvre, laisse à penser qu’elle était située au moins 30 centimètres plus bas. Le tableau était donc rectangulaire.
 
 

La facture même de la toile de ce tableau, faite d’assemblages de toiles cousues est un mystère. En effet, cette technique est utilisée jusqu’à la fin du XVIIIe siècle car elle permettait de réaliser des œuvres monumentales malgré la taille limitée des pièces de toiles tissées à la main. La mécanisation du tissage qui s’est développée au XIXe siècle a permis la création de pièces de toile plus importantes, reléguant l’usage de toiles cousues en « patchwork » à des peintres nécessiteux pour des raisons économiques. Il est surprenant qu’un peintre de la renommée de Viardot ait eu recours à cet artifice.
 
 

Enfin, le format du tableau a manifestement fait l’objet de tâtonnements lors de sa création ainsi que le montrent les repentirs qui apparaissent dans la partie supérieure de l’œuvre. Le peintre a choisi apparemment dès le début une forme d’arc cintré asymétrique, avant d’en réaliser un second surbaissé et plus régulier, un peu plus bas. Les écoinçons ocre jaune sont des parties de l’œuvre destinées à être cachées. Ici grossièrement peints en jaune, ils sont souvent le lieu où les peintres testaient leurs couleurs ou déchargeaient leur pinceau laissant ainsi à la postérité de beaux échantillons des couleurs qu’ils utilisaient.
 
 

Ce n’est pas le cas pour ce tableau et c’est bien dans la facture fine et délicate des visages et des vêtements qu’il faut comprendre l’usage que Viardot faisait de la couleur. Très peu repeint, seuls quelques micro écaillages ont été retouchés et quelques glacis reconstitués dans la partie inférieure, ce tableau a donc conservé la majeure partie de son authenticité, que la restauration remet en valeur pour l’admiration de tous.
 
 
 
 

 

 

Léon Viardot, le Christ et la samaritaine , 2017 - ©Atelier Renascentis - Ma Sauvegarde de l'Art Français

Le tableau, avant et pendant la restauration.

Léon Viardot, le Christ et la samaritaine , 2017 - ©Atelier Renascentis - Ma Sauvegarde de l'Art Français

Fixation des soulèvements de la couche picturale

 

Léon Viardot, le Christ et la samaritaine , 2017 - ©Atelier Renascentis - Ma Sauvegarde de l'Art Français

Le bas du tableau, dégagé du vernis, laisse apparaître de nombreux repeints et divers désordres, confirmant l’hypothèse d’un dégât des eaux qui aurait provoqué le pourrissement du bas de l’oeuvre. ©Atelier Renascentis

Léon Viardot, le Christ et la samaritaine , 2017 - ©Atelier Renascentis - Ma Sauvegarde de l'Art Français

La signature est apparue lors de la dépose du cadre. Sur un morceau de toile indépendant, elle était coincée entre le tableau et son cadre. Le bas du tableau qui devait être très abimé, a donc été coupé, mais on a pris soin d’ne conserver la signature. Elle sera versée au dossier de restauration. ©Atelier Renascentis