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Le plus grand musée de france

LeHavre

Le dilemme cornélien de la politique culturelle du Havre

Photo d’en-tête : wikipedia

Cette année, les étudiants du campus de Sciences Po au Havre ont fait le choix de concentrer leurs recherches sur leur nouvelle ville de cœur : Le Havre. Des raisons multiples les ont poussés à faire ce choix : d’une part l’envie de mieux découvrir la ville d’implantation de leur campus, qu’ils ont pour la plupart découvert pour la première fois en septembre 2016 à leur arrivée à Sciences Po. Mais aussi parce que le projet du Plus Grand Musée de France de rechercher et mettre en valeur des œuvres mobilières du patrimoine local leur semblait peut-être moins évidente que dans d’autres municipalités. Du Havre, on connaît aujourd’hui principalement l’architecture en béton de style Perret, faite d’angles droits, de simplicité et de praticité, apparue au sortir de la Second Guerre Mondiale et qui constitue aujourd’hui l’attraction majeure de cette ville normande.

 

Et pourtant, Le Havre recèle bien d’autres trésors, peut être un peu moins visibles, mais qu’il leur semblait tout aussi important de rechercher. Désormais fiers d’habiter cette ville à l’avant-garde de l’architecture française, les étudiants voulaient en découvrir les racines et retrouver les traces d’une histoire qui a bien failli disparaître.

 

Au cours de leurs recherches, ils ont ainsi découvert des œuvres de types bien différents, allant de la peinture à l’huile à la sculpture sur bois, en passant par la tapisserie. De fil en aiguille, d’églises en cathédrales, les étudiants ont fait la connaissance d’œuvres d’art qui, au delà de leurs qualités artistiques indéniables, leur ont beaucoup révélés sur les origines du Havre. Malheureusement, ce même patrimoine devient de plus en plus difficile à protéger, en raison des coupes budgétaires imposées aux mairies.

 

Entre patrimoine ancien et contemporain : quelle politique?

 

Aujourd’hui, la Mairie du Havre est amenée à faire face à un dilemme cornélien dans le cadre de la protection de son patrimoine culturel. D’un côté, forte d’une architecture unique qu’elle a cœur de promouvoir après des années de non-reconnaissance, la Ville s’attache à mettre en avant son patrimoine immobilier d’après-guerre, unique en son genre et qui fait sa spécificité. De l’autre, la Mairie cherche également à protéger un patrimoine ancien, d’autant plus important et rare qu’il ne reste que peu de traces du Havre tel qu’il a pu l’être avant les bombardements de la Seconde Guerre mondiale. Malheureusement, la municipalité ne peut faire face à tous les besoins, matériels et financiers, requis par un patrimoine aussi important et divers.

 

C’est pourquoi les étudiants de Sciences Po au Havre ont souhaité contribuer, à leur façon, à la protection du patrimoine historique havrais, en s’intéressant tout particulièrement à ce discret patrimoine mobilier, caché derrière les portes des églises ou tout simplement dérobé à la vue du public, mais qui représente lui aussi un peu de l’histoire havraise. Une mise en valeur qui leur paraissait d’autant plus nécessaire qu’elle s’inscrit cette année dans la célébration de la fondation de la ville du Havre.

 

Les 500 ans du Havre

 

En effet, 2017 sera une année importante pour cette grande capitale normande, puisque la ville et le port du Havre, construits en 1517, fêteront leur 500 ans d’existence. Cet anniversaire sera l’occasion de mettre à l’honneur le patrimoine havrais et de revenir sur son histoire mouvementée. Bombardée à presque 80% par les Alliés en 1944, laissant derrière-eux une ville en ruine et quelques 5000 victimes civiles, Le Havre a dû se reconstruire presque entièrement dans les années 1950. Cette renaissance fût rendue possible par le cabinet d’Auguste Perret (1874-1954), grand architecte français connu pour son exploitation novatrice du béton. Une quinzaine d’années suffiront pour faire sortir de terre une ville neuve, moderne, à la pointe du progrès technique et architectural.

 

rue Victo Hugo - le Havre

La rue Victor Hugo, rue piétonne dans le centre du Havre, est un bel exemple d’architecture Perret
(Bénard / Andia.fr)

Un urbanisme si moderne que le publique mettra beaucoup de temps avant de reconnaître et apprécier les qualités de cette architecture surprenante, « austère » diront les mauvaises langues. La consécration de ce patrimoine immobilier unique viendra en 2005 avec l’inscription d’une partie de la ville reconstruite au patrimoine mondial de l’UNESCO. Cette nomination récompense les efforts entrepris par la Mairie du Havre dans le cadre de son action culturelle et apporte un nouvel éclairage au merveilleux patrimoine havrais. L’image de la ville en est redorée et les retombées – touristiques et culturelles – importantes.

 

Affiche festival - 500 ans de la Ville du Havre

Affiche du festival organisé pour les 500 ans de la ville. La culture y sera tout particulièrement mise à l’honneur. Ici, vue de l’espace Niemeyer réaménagé après plusieurs années de travaux.
© DR 

 

Fort de cette nomination, la Ville s’engage en effet dans de nombreux projets destinés à relancer l’activité artistique et culturelle du territoire havrais. Ainsi, le 20 Mai 2011, le maire Edouard Philipe inaugure un vaste projet de modernisation et de multiplication des lieux dédiés à la culture et au patrimoine : la scène nationale de l’espace Oscar Niemeyer est rénovée, une bibliothèque est installée dans le Petit Volcan, alors qu’un pôle cinéma art et essaie et installé au cinéma Le Sirius. Le Fort de Tournevis est, lui, rénové pour accueillir une scène de musique contemporaine, alors qu’une annexe du Muséum d’Histoire Naturelle est destinée à abriter un pôle scientifique et culturel. Pour la Mairie du Havre, le but est de faire de la ville un haut lieu de la culture, dans toute sa diversité, pour qu’en 2017 Le Havre soit reconnue comme l’une des grandes villes culturelles françaises.

 

À leur échelle, les étudiants du campus de Sciences Po ont souhaité s’associer à ce projet car ils sont aujourd’hui, eux aussi, fiers d’être havrais.