menu

fermer

Le plus grand musée de france

Avril 1918 : sur la place Royale, la statue de Louis XV a été protégée tant bien que mal par une maçonnerie (Fonds Valois)

L’art et la première guerre mondiale en Champagne

Le ciel, bleu ou gris, les grandes étendues vertes des champs de betteraves, les vignes jaunes sur les collines… Aujourd’hui, entre les vallons de la montagne de Reims et les miroitements de l’Aisne, le passant mal informé aurait de la peine à se douter des horreurs dont la Marne fut le théâtre il y a à peine un siècle. Pourtant, entre 1914 et 1918, la ville de Reims a été profondément affectée par la guerre.

 

Une ville en première ligne de la guerre

 

Outre le fait que plus de 90% des habitations sont touchées par les bombardements, et que la population fuit massivement les zones de combat, les monuments historiques sont, eux aussi, concernés par les destructions. La cathédrale, le palais du Tau, l’hôtel de ville, la basilique Saint-Rémi et bien d’autres monuments encore sont gravement endommagés. Les autorités civiles et religieuses tentent de sauver les statues en catastrophe ; on déplace les tableaux des musées et les documents des archives, dans un effort désespéré pour préserver le patrimoine et l’Histoire de la région.

Et malgré certains dommages, inévitables ou presque, ces mesures d’urgence permettent en effet à une partie du capital culturel de la région d’être sauvé. Le Plus Grand Musée de France ne s’inscrit-il d’ailleurs pas, en un sens, dans cette même démarche de préservation et de restauration ? L’œuvre rémoise, intitulée Le Christ et la Samaritaine, a été trouvée dans un grenier poussiéreux, et nécessite, elle aussi, de recevoir une protection et un soin tout particulier au vu des dégradations dont elle a été l’objet face à l’assaut des siècles.

 

Reims - oeuvre 2016-17 Chigny-les-Roses

Artiste inconnu
Le Christ et la Samaritaine
Huile sur toile, XVIIème siècle
Chigny-les-Roses (Marne)

 

 

L’art, envers et contre tout

 

Même la sauvagerie de la Grande Guerre n’a pas réussi à détruire le patrimoine et la culture en Champagne. Loin de là, certains se sont appuyés sur les événements de 1914-1918 pour en faire une force créatrice. La guerre comme une source de création ? C’est possible : l’exemple de René Rousseau-Decelle nous le donne à voir. Ce peintre, originaire de l’Ouest de la France, s’est inspiré de scènes de bataille – principalement au tout début de la guerre – dont il a témoigné pour en faire des tableaux. Il a ainsi dépeint les combats du fort de Mondement, qui eurent lieu au Sud de Reims en 1914.

René Rousseau-Decelle, La bataille de Mondement (1917)

René Rousseau-Decelle, La bataille de Mondement (1917)

Cette transformation artistique d’événements dramatiques ne manque pas, par ailleurs, de rappeler le tableau de la cathédrale en flammes, sélectionné en 2015 par l’équipe rémoise du Plus Grand Musée de France. Cette œuvre représentant les bombardements allemands sur Reims en septembre 1914, rappelait – graphiquement tout du moins – la manière dont les hauts clochers de la cathédrale, soupçonnés d’être des postes d’observation français, furent pris pour cible par l’artillerie ennemie. Le peintre  a voulu montrer à la fois le martyr de la ville de Reims, tout en insistant sur sa capacité à résister à l’épreuve du feu. On peut même voir dans la peinture la promesse d’une renaissance.

Les oeuvres-Oeuvres de la campagne 2015-2016-Incendie de la Cathédrale de Reims

ENDERS, Jean-Joseph, L’incendie de la Cathédrale de Reims, 1914, Eglise Saint Maurice, Reims.

 

 

La reconstruction pour et par le patrimoine

 

Quoi qu’il en soit, un siècle plus tard, après le rapatriement des œuvres mises à l’abri, la restauration des monuments grâce à des dons de mécènes américains et la restructuration des axes principaux de la ville, la Première Guerre continue à peser dans le quotidien rémois dans d’autres sphères que celle de la création.

 

En périphérie de la ville, le fort de la Pompelle s’est reconverti en musée. Ce lieu emblématique de la résistance des lignes françaises autour de Reims abrite désormais une collection impressionnante d’uniformes, de photographies, d’équipements militaires, et même des pièces d’artillerie russe d’époque. Cette mine d’information, ouverte au public, continue à faire vivre la mémoire des soldats tombés au front dans l’esprit des champenois. La Pompelle, à l’image des centres du souvenir de Verdun ou du Blanc-Mont, est même devenue un centre qui attire des personnes venues de toute l’Europe pour commémorer les morts de la Première Guerre.

 

La centralité de la culture et du patrimoine à Reims et dans ses alentours ne fait aucun doute. Les efforts déchaînés de la population pour sauver ses monuments en sont la preuve, ainsi que la création artistique qui a trouvé sa source dans les horreurs de la guerre, et plus récemment la résurgence de la région grâce au souvenir et à la mémoire de 1914-1918. En un siècle, Reims, à travers la lourde histoire à laquelle son nom est attaché, a su faire une force des cicatrices de son passé.

 

 

 

Sources:

 

www.universdesarts.com/biographie/4429/rousseau-decelle-rene.html

http://www.cndp.fr/crdp-reims/memoire/lieux/default.htm

http://www.lamarne14-18.com/fr