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Le plus grand musée de france

ENDERS, Jean-Joseph, L’incendie de la Cathédrale de Reims, 1914, Eglise Saint Maurice, Reims.

L’incendie de la cathédrale de Reims

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Un artiste récompensé par ses pairs

 

 

 

Jean Enders naît à Besançon en 1862. A l’Ecole des Beaux-Arts de Paris, il est l’élève d’Edouard Baille et de Fernand Cormon. En 1891, il devient sociétaire du Salon des artistes français. Ce Salon est le successeur d’un autre Salon, celui de l’Académie des beaux-arts. C’est en fait une exposition d’oeuvres d’art, qui a lieu à Paris depuis 1881. Enders y remporte plusieurs distinctions : mention honorable en 1890 (il expose alors sans être encore sociétaire), médaille de troisième classe en 1893 et en 1898.

A l’Exposition Universelle de 1900 qui se tient dans la capitale française , il obtient la médaille d’argent. Il peint également des décors ou des projets de décor pour plusieurs mairies en Ile-de-France : par exemple la mairie de Fresnes en 1906, ou le projet de décor de la salle des fêtes de la mairie de Vanves en 1902 (qui n’aboutira pas). Jean Enders meurt à Paris en 1930.

 

 

 

Equipe ReimsDu Petit Palais à Paris  à l’église Saint-Maurice

 

 

« L’Incendie de la cathédrale de Reims » représente un Christ en croix avec, en arrière-plan, la cathédrale de Reims en flammes. Il s’agit de l’incendie du 19 septembre 1914. L’oeuvre aurait été peinte dans les semaines, voire même dans les jours qui suivirent l’incendie. En 1915, la Ville de Paris organise au Petit-Palais une exposition-tombola dont le but est d’apporter une aide aux artistes dans le besoin, en rachetant puis exposant leurs créations. Le tableau de Enders est le n° 89 du catalogue.

Joseph Dassonville, dans un article paru dans la revue Etudes, écrit que l’oeuvre a été exposée au Salon en 1917 ou en 1918, et précise qu’elle est destinée à la cathédrale une fois restaurée. D’après les recherches de Pauline Lurçon, la piste d’un dépôt de l’Etat est a priori à exclure. Nous ne savons donc ni quand ni pourquoi l’oeuvre de Enders a été déposée dans l’église Saint-Maurice.

 

 

 

De la cathédrale à l’église Saint-Maurice: des monuments martyrisés par les guerres

 

 

« L’Incendie de la cathédrale de Reims » est l’expression d’un double martyre. Celui du Christ, et celui de la cathédrale d’une ville détruite à 80 %. Mais à cela viendra s’ajouter une troisième souffrance, celle de l’église Saint-Maurice.

 

Saint-Maurice est la plus ancienne paroisse de la ville de Reims (évoquée dans le testament de Saint Remi en 532, elle aurait été visitée par Saint Martin en 385). La construction de l’édifice que nous connaissons aujourd’hui a débuté en 1620. L’ancien Collège des jésuites, qui est  actuellement le siège du campus de Sciences Po à Reims, est attenant à l’église Saint-Maurice. Le destin des deux édifices est donc étroitement lié. L’église a été agrandie et modifiée à de maintes reprises, particulièrement de 1867 à 1876, lorsque la nef, la façade et le clocher furent reconstruits.

Si le bâtiment a été peu touché par les bombardements de la Grande guerre, il a été incendié par les Allemands en 1942. La voûte et le clocher – qui n’a pas été reconstruit – se sont effondrés. Aujourd’hui, l’église panse à peine ses plaies – dont la plupart sont encore très visibles et attendent d’être cicatrisées.

 

 

Les oeuvres-Oeuvres de la campagne 2015-2016-Incendie de la Cathédrale de Reims

ENDERS, Jean-Joseph, L’incendie de la Cathédrale de Reims, 1914, Eglise Saint Maurice, Reims.

Reims, ville martyre

 

 

Peu après le début de la Première Guerre Mondiale, les Allemands s’emparent de la ville de Reims. Ils n’y resteront que sept jours. Le 13 septembre 1914, les Français reprennent la “ cité des sacres ”. Cependant, l’armée allemande s’est retranchée dans les environs de la ville, qu’elle bombardera sans relâche à compter de ce jour, et détruira à plus de 80%. Le 19 septembre, 25 obus atteignent la cathédrale. Un échafaudage placé sur la tour nord prend feu. Les vitraux explosent, la charpente s’effondre, le plomb fond et coule par les gargouilles.

 

La cathédrale de Reims devient dès lors la “ cathédrale martyre ”, symbole national, et nouvel objet d’une guerre idéologique contre l’Allemagne.  » Ils se sont couverts d’une infamie immortelle et le nom allemand est devenu exécrable à tout l’univers pensant. Qui donc, sous le ciel, peut douter maintenant qu’ils sont les barbares et que nous combattons pour l’humanité ?  » écrira Anatole France (Le martyre de Reims, Je sais tout n°118, p 242.).

 

Et si l’incendie de la cathédrale est utilisé à des fins de propagande de guerre, il n’en demeure pas moins que le choc et la douleur sont bien réels.  Le quotidien La Patrie titrait le 22 septembre :  » Par un feu d’artillerie dirigé intentionnellement, ils ont incendié et mis en flammes la magnifique cathédrale, qui était non seulement l’orgueil de Reims, mais un monument historique connu et admiré du monde entier. Il ne reste plus du pur joyau architectural qu’une carcasse vide de murs brûlés et noircis. L’impression produite par cet acte de vandalisme abominable restera toujours présente à la mémoire de tous ceux qui ont pu contempler ces ruines. « 

 

La toile de Enders évoque ainsi la mort en associant le martyre de Reims et de sa cathédrale, à la crucifixion du Christ.

 

 

 

 

 

L’art en guerre d’Enders: Les couleurs du martyre

 

 

 

La peinture représente la scène déchirante du Christ en Croix. La position de la tête et du buste très en dessous de l’axe horizontal de la croix, souligne le poids du corps mourant du Christ. Joseph Dassonville décrit le tableau : « C’est un grand Christ très humain par une douleur atroce et par les fatigues endurées. Sur le ciel très bas où se détache la croix, court la fuite pressée des nuages livides. Dans le lointain, flambant comme une torche, la cathédrale se profile dans les flammes et la fumée au milieu de trophées de deuil ». Mais soulignons aussi des zones de lumière qui, bien qu’elles demeurent dans des tonalités assez froides, délivrent un message d’espoir.

 

 

 

 

L’œuvre est très endommagée. Le support de la peinture (soulèvements de toile et lacunes dans la partie basse) et la couche picturale demandent une restauration urgente.

 

 

Il faut remarquer que le peintre reprend un modèle de Christ en croix qu’il avait déjà employé. Il avait en effet peint un « Christ mourant » à la fin du XIXe, exposé en l’église Saint-Maurice de Besançon, sa ville natale.

 

 

 

 

 

Bibliographie

 

 

 

  • Memento rédigé par Pauline Lurçon (DRAC Champagne-Ardenne) à la suite de sa visite du 29 juillet 2014, que l’intéressée nous a aimablement transmis
  • Biographie de l’auteur : voir BENEZIT E., Dictionnaire des peintres, sculpteurs, dessinateurs et graveurs, 1999, t.V, p.118.
  • Catalogue recensant le tableau à l’occasion de l’exposition-tombola : voir dans les archives de la Ville de Paris, Palais des beaux-arts. Catalogue des œuvres d’art offertes pour la Tombola qui sera tirée à la clôture de l’Exposition, Paris : Chaix, 1915, p.8.
  • Description du tableau : voir DASSONVILLE, Joseph. « La cathédrale… », in Etudes, avril à juin 1918, t.155, p.530-531.
  • http://catreims.free.fr/mem/memoire13.html

Voir aussi l’ouvrage de André JACQUINET, de l’Académie de Reims : Histoire de l’église et de la paroisse Saint-Maurice de Reims, 1972.