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Le plus grand musée de france

Paris oeuvre 2016-17 - une - Le Plus Grand Musée de France

L’Espérance et la douleur par Armand Point

 

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« L’ennui ne laisse plus de désir après lui ;

Mais la douleur près d’elle a toujours l’espérance. »

 

François Benoît Hoffman, fable La Douleur et l’Ennui, 1786

 

 

Comment ne pas faire le rapprochement entre ces mots de l’auteur dramatique et critique d’art du XVIIIème siècle et l’Espérance et la Douleur, œuvre préparatoire d’Armand Point d’une profonde délicatesse ? Ce dessin au fusain sur papier calque mesurant quelques deux mètres de côté date probablement du milieu des années 1890. C’est l’un des trésors de la mairie de Bourron-Marlotte, commune nichée en Seine-et-Marne près de la forêt de Fontainebleau.

 

Vers un univers onirique, empreint de symbolisme

 

Né à Alger en 1860 d’une mère espagnole et d’un père français, Armand Point séjourne dès son enfance à Paris après la mort de ses parents. Initié au dessin par Auguste Clément Herst, son engouement pour l’art et son talent deviennent tels qu’il retourne à Alger à l’âge de dix-sept ans, matériel à dessin en main. Les débuts de sa carrière d’artiste manifestent alors un orientalisme parsemé de couleur, de lumière et de beauté en quête d’horizons lointains.

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Pourtant, ses choix esthétiques ne s’arrêtent pas là, comme en témoigne l’Espérance et la Douleur, datant de son retour définitif en France en 1889. Sous l’influence du Sâr Péladan, figure importante de la capitale à la fin du XIXème, Armand Point évolue progressivement dans la société symboliste parisienne, autour de Mallarmé et Verlaine pour ne citer qu’eux.

 

Armand Point, « Artiste de l’âme » [1]

 

L’Espérance et la Douleur s’inscrit tout à fait dans cette quête du beau et du sublime menée par Armand Point. Le dessin favorise une atmosphère méditative et irréelle que l’on pourrait qualifier de mysticisme mélancolique chez un artiste qui retrouve «dans l’harmonie d’une humanité parfaite, le symbole de Dieu» [2] . Cette puissante impression d’élévation, renforcée par une composition en diagonale, est d’ailleurs incarnée par la figure d’un ange montrant le chemin vers l’Espérance.

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L’ange montrant le chemin vers l’Espérance

Malgré les torsions que provoque cette souffrance sublimée dans un corps meurtri et recroquevillé sous un drapé crispé, ce dessin respire la sérénité et l’allégresse. À l’antithèse de ses soleils éclatants d’antan, Armand Point se livre ici comme un admirateur de la beauté féminine idéale. On pourrait d’ailleurs supposer que l’ange est directement inspiré d’Hélène Linder, avec qui il a vécu une idylle de 1892 à 1899 et dont le charme et la beauté diaphane ont beaucoup stimulé la créativité de l’artiste à cette époque.

 

Mais l’état actuel de l’œuvre ne permet malheureusement pas d’en admirer les moindres détails ni de faire honneur à la finesse du dessin. Le calque est un support bien fragile que les années ont endommagé : papier oxydé voire déchiré à certains endroits, partie inférieure très abîmée et cadre non adapté sont autant d’éléments auxquels la restauration pourra remédier.

 

Le retour aux primitifs italiens

 

On ne pourrait décrire l’œuvre d’Armand Point sans évoquer l’une de ses sources d’inspiration majeures : les primitifs italiens. Lors de son premier voyage en Italie pour lequel il obtient une bourse en 1894, le peintre, bouleversé par ce qu’il voit, s’intéresse aux méthodes des Maîtres de la Renaissance pour marquer un tournant dans sa carrière. Son admiration pour les peintres florentins des XVème et XVIème siècles, à commencer par Botticelli, le conduit à imaginer une formule de peinture a tempera [3] tant la pérennité de cette technique picturale et l’éclat des couleurs l’ont frappé. C’est d’ailleurs peut-être à ce moment-là que l’Espérance et la Douleur  voit le jour.

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En effet, le 10 avril 1895, l’Etat notifie à Point une commande pour deux œuvres : L’Espérance et la Douleur a tempera et Avril a fresco [4] , après que Gustave Soulier ait révélé les travaux de l’artiste et que Charles Yriarte, inspecteur général des Beaux-Arts, ait abondé dans son sens. Nous n’avons malheureusement aucune trace de cette peinture a tempera qui aurait été exposée au Salon de 1896 : ce dessin préparatoire est tout ce qu’il en reste à ce jour.

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L’évolution du style du peintre permet alors à Péladan d’écrire, lors du Salon National des Beaux-Arts de 1894, qu’ « Armand Point a retrouvé la vraie peinture primitive telle qu’elle est consignée dans le traité de Cennino Cennini ». Ensuite, les voyages en Italie se multiplient. L’artiste poursuit alors sa quête d’un futur idéal fondé sur un passé mystifié, un âge d’or révolu. En contrepoint au rationalisme d’une société industrielle, au naturalisme de Zola et aux conquêtes scientifiques qui ont battu en brèche les croyances anciennes, Armand Point évite consciencieusement la tendance de l’art contemporain du début du XXème siècle et s’isole peu à peu dans la commune de Bourron-Marlotte.

 

 

Bourron-Marlotte : Armand Point et la société Haute Claire

 

Après avoir exposé au salon de la Rose Croix qui ouvre à la galerie Durand-Ruel en 1892, l’artiste s’installe à Bourron-Marlotte dans une propriété à l’aspect médiéval avec ses fenêtres gothiques, sa porte cochère et sa grande cour. Inspiré par William Morris et son mouvement Arts and Crafts dont la première exposition a lieu en 1893, Armand Point se sensibilise aux arts décoratifs et se fixe comme objectif de créer un art industriel à partir d’orfèvrerie, d’émaillage, d’ébénisterie et de dinanderie [5]. En 1896, il transforme alors sa maison en atelier d’artisans sous le nom de l’épée du chevalier Olivier, compagnon de Roland : la société Haute Claire.

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Ayant grandement participé à l’émulsion artistique de la commune, cette dernière n’a de cesse de lui faire honneur et de mettre en valeur le patrimoine que lui a légué l’histoire. La mairie de Bourron-Marlotte se constitue en véritable musée où se nichent de nombreuses œuvres de Point, mais aussi d’autres artistes ayant séjourné dans cette ville entre le XIXème et le XXème siècle.

 

 

Bibliographie et sources

 

  • MORIZOT Jacques, POUIVET Roger, Dictionnaire d’esthétique et de philosophie de l’art, Armand Colin, Paris, 2007, p.454
  • DORE Robert, Armand Point, de l’orientalisme au symbolisme, Bernard Giovanangeli Editeur, Paris, 2010
  • AUSERVE Philippe, Armand Point, un symboliste à Murols, Editions du Musée des Peintres de l’Ecole de Murols, Paris, 2012
  • Léon Deschamps, Paul Ferniot, Karl Boès, René Le Gentil, La Plume (Paris) 1889-1914, 1901
  • Laurent Stéphane, Armand Point : un art décoratif symboliste, In Revue de l’Art, 1997, n°116, p.89-94 (http://www.persee.fr/doc/rvart_0035-1326_1997_num_116_1_348331)

 

[1] Les « Artistes de l’Âme » : dénomination que l’on doit à l’historien d’art Gustave Soulier (1872 – 1937) pour ce courant symboliste différent du mouvement de Pont-Aven et des Nabis.

[2] DORE Robert, p.59

[3] Peinture a tempera : technique de peinture de la Renaissance basée sur une émulsion entre des pigments broyés et une substance soluble dans l’eau (souvent l’œuf).

[4] Peinture a fresco : technique de peinture murale consistant à peindre sur un enduit frais.

[5] Ustensiles de cuivre ou de laiton, qui, à l’origine, sont fabriqués dans la ville de Dinant, en Belgique.

 

Paris - Oeuvre 2016-17 Bourron-Marlotte-calque

Armand Point
L’Espérance et la douleur
Fusain et craie sur papier calque, avant 1891
Bourron-Marlotte (Seine-et-Marne)