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Louis Bréa - la Vierge de Miséricorde, Nice - Menton Le Plus Grand Musée de France

Vierge de Miséricorde par Louis Bréa

Oeuvre en restauration

Equipe Menton

 

 

Propriété des Pénitents Noirs de Nice, archiconfrérie fondée en 1329, elle est conservée à la chapelle de la Miséricorde du Vieux Nice, dans les Alpes-Maritimes. Elle a pris part dans trois grandes expositions organisées sur les peintres primitifs niçois à Nice en 1912, 1937 et 1960. Le panneau est fortement dégradé en raison de son exposition à l’extérieur pendant trois siècles. Certaines parties sont repeintes par un restaurateur nommé David du Louvre qui serait intervenu sur le tableau en 1847. Puis l’œuvre a été restaurée en 1953 par Malesset et enfin en 1960 par l’Atelier Aubert.

 

Un peintre médiéval au tournant du Cinquecento

 

La famille du peintre serait originaire de Montaldo mais vivait à Nice depuis des générations à la naissance de Louis Bréa (vers 1450). Le père de Louis Bréa, Monone Bréa, tonnelier, fut pendant quelque temps prieur de la Confrérie de la Miséricorde de Nice.  D’ailleurs, Louis Bréa épousera une certaine Antoinette Caillol, fille de Jean, qui avait aussi été prieur de l’aumône de la Miséricorde. Le peintre meurt autour de 1523 probablement de la peste.

 

On ne connaît que très peu de la formation de Louis Bréa mais on peut la situer dans le contexte de la région. Ainsi, certains avancent qu’il a pu se déplacer à Avignon en vue de se former en peinture ou encore à Gênes. Enfin, il est possible qu’il fut formé à Nice auprès du peintre Jacques Durandi.

 

La vie artistique de l’époque

 

A cette époque, le Comté de Nice ne faisait que s’ouvrir à l’évolution artistique qui était déjà bien entamée dans d’autres régions voisines. Jusqu’au deuxième quart du 15ème siècle, la vie artistique de Nice est quasi inexistante en raison de l’absence d’importants commanditaires. En effet, à cette époque le Comté de Nice est sous domination de la maison de Savoie dont la cour ne séjourne que très rarement à Nice. Cette ville méditerranéenne n’est jamais devenue un centre portuaire commercial et artistique qu’avaient envisagé les savoyards.

Sur le plan artistique cette situation évolue peu à peu suite à l’installation à Nice, en 1421, des dominicains. Ainsi les trois premiers peintres qu’on recense à Nice sont Jean Miraillet (ou Miralhet), Jacques Carolis et Jacques Durandi. Alors que Louis Bréa n’aurait pas pu se former auprès de Jean Miraillet qui meurt en 1457, il a tout de même été fortement marqué par la Vierge de Miséricorde de ce dernier qu’il aurait même restauré plus d’un demi siècle après son exécution.

 

Un de ses premiers tableaux daté 1475, un retable « La Piéta » pour le monastère de Cimiez (Nice) est dit de style avignonnais. Mais on dit qu’il étudia de préférence les œuvres des peintres de la Ligurie, de la Lombardie et du Piémont. En effet, après cette première œuvre son style devient beaucoup plus italianisant.

 

Jusqu’en 1503, Louis Bréa n’était pas ouvert au langage léonardesque mais en 1503 il est attesté à Savone où il voit le travail de Marco d’Oggiono. Ainsi le style léonardesque peut être observé dans quelques œuvres tardives de Bréa : Sainte Dévote de Dolceacqua, Vierge du Rosaire et Saint Anne de Taggia. Tout de même, on attribue à Louis Bréa plutôt un attachement à la tradition iconographique médiévale.

 

Louis Bréa - la Vierge de Miséricorde, Nice - Menton Le Plus Grand Musée de FranceLa Vierge bienveillante du peuple de Nice

 

Il est difficile d’attribuer une date d’exécution à la Vierge de Miséricorde de la chapelle de la Miséricorde. D’après le legs de 25 florins fait en 1485 par la femme de Jean Caillol, prieur, le tableau fut commandé en cette année. Tout de même, pour une raison inconnue, le restaurateur David aurait ajouté « Peint par Bréa en 1465 ». Or les historiens situent l’exécution de l’œuvre plutôt en fin de carrière de Bréa dans les années 1510-1515 en raison des analogies avec le retable de Taggia et l’importance accordée au paysage.

 

Le tableau fut exposé aux intempéries pendant plus de trois siècles sous un simple auvent à l’extérieur de l’oratoire que les Pénitents Noirs avaient rue Sainte-Réparate. Il est intéressant de noter que la Vierge de Miséricorde de Miraillet qui a fortement inspiré Louis Bréa dans toute sa carrière fut commandé par les Pénitents Noirs pour cette même église rue Sainte-Réparate.

 

Aujourd’hui ces deux œuvres se trouvent dans la sacristie de la chapelle de la Miséricorde du Vieux Nice, édifiée de 1740 à 1786 puis cédée en 1829 par la municipalité de la ville de Nice aux Pénitents Noirs de Nice. Bernando Vittone, architecte de la chapelle et travaillant à la cour piémontaise, l’a construite dans un style baroque et rempli de trompes-œil.

 

Une représentation élégante

 

Le tableau représente une Vierge de Miséricorde, debout, d’une stature certaine et bienveillante elle écarte de son bras gauche son manteau de protection d’un bleu nuit profond. Dans son bras droit elle tient légèrement le petit Jésus qui regarde les fidèles d’un œil serein et aide la Vierge à maintenir son manteau. Le monde ecclésiastique est protégé sous le flanc droit de la Vierge et les laïcs sous le flanc gauche. Deux anges gardiens portent une majestueuse couronne au-dessus de la Vierge et agitent dans l’air deux rubans orné d’inscriptions latines. Le petit Jésus tient dans sa main gauche un globe rempli de nuages.

La scène est située dans un paysage représentant Nice et ses alentours, une identification confirmée par Luc Thévenon. On peut y reconnaître une vue partielle du château de Nice, une partie de la ville basse et la tour-porte ouvrant sur le pont-Antoine. La légende dit que le peintre a été inspiré par Jeanne de Trans pour exécuter les traits de visage de la Vierge. Cette jeune fille fut victime de son dévouement aux malades de la peste qu’elle a soigné lors d’une épidémie. Les Pénitents Noirs de Nice disent que le peuple de Nice a souhaité avoir le tableau mis à disposition du public, à l’extérieur de l’église, afin de pouvoir rendre hommage à cette dévote réincarnée en Vierge.

 

La réunion de deux thèmes iconographiques

 

La Vierge de Miséricorde

 

Le tableau unit deux thèmes iconographiques : celui de la Vierge de Miséricorde et celui du Couronnement de la Vierge. Le thème de la Vierge de Miséricorde fut assez répandu à l’époque dans le Comté de Nice. Le symbole du manteau protecteur de la Vierge remonte à une iconographie de la Vierge byzantine.

La plupart du temps on situe l’origine de cette iconographie aux environs de 1230, lorsqu’un moine cistercien relatée par Césaire de Heisterbach dans le Dialogus Miraculorum écrit entre 1220 et 1230, a une vision. Le récit en question dit « Du moine qui vit dans le royaume des cieux l’Ordre de Citeaux sous le manteau de Marie ». Par la suite, d’autres ordres religieux, notamment les dominicains, ont repris cette imagerie de protection pour l’appliquer à leur propre famille de croyants.

 

Plus rarement, on évoque comme origine de cette iconographie les Miracles du bénédictin Gautier de Coincy qui explique comment à l’époque de l’empereur Théodose, la Mère du Christ protégea Constantinople contre les Sarrasins.

 

Quelle qu’en soit l’origine, ce thème devient très populaire dans les régions dévastées par la peste car le manteau de la Vierge représente un bouclier contre les maladies et la guerre.

 

Le Couronnement de la Vierge

 

Le deuxième thème iconographique est celui du Couronnement de la Vierge, un sujet quelque peu plus rare dans cette région. Normalement ce couronnement est fait par la Trinité, mais on retrouve assez fréquemment un couronnement par les anges comme dans ce tableau.

Ces deux thèmes iconographiques se retrouvent de manière récurrente dans les retables de Louis Bréa. La Vierge de Miséricorde devient par la suite la Vierge de Rosaire dans le retable de l’église du couvent San Domenico à Taggia.

 

La ressemblance de la Vierge du Rosaire avec celle de la Chapelle de la Miséricorde est d’ailleurs tout à fait frappante. Les traits de visage droits et harmonieux nous rappellent aussi la Vierge Miséricorde de Jean Miraillet que Louis Bréa a étudié et dont il a pu s’inspirer pour peindre sa propre version de la Sainte Mère.

 

Bibliographie

 

 

 

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La restauration de cette oeuvre a été rendue possible grâce au mécénat de la Fondation d’Entreprise Michelin